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Ressources - Articles de presse


http://www.bakchich.info/article1605.html

LE BEAU MARCHÉ DU « FIGARO » ET DE RACHIDA DATI


Chronique | mercredi, 19 septembre 2007 | par Paul Litzer

Rien de tel qu’un sondage éloquent pour aider une ministre en difficulté, et rentrer en grâce auprès du couple présidentiel.


Si Le Figaro n’existait pas, il faudrait l’inventer sans tarder. Surtout en ces temps de sarkozysme triomphant. Dernier exemple de l’utilité du quotidien dont le slogan est « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » : le cas Rachida Dati. Voilà une femme dont le monde a salué la nomination comme Garde des Sceaux et ministre de la Justice. Les socialistes, qui n’ont jamais nommé un représentant des minorités visibles à un ministère régalien et qui pratiquent encore une forme de racisme dans leurs rangs (voir les investitures pour les dernières élections législatives), n’ont pu qu’applaudir le choix de Super-Sarko. Sauf qu’à manier les symboles on risque de les transformer en boomerang.

Car Dame Rachida a quelques traits de caractère particuliers : elle traîne la réputatition d’être terriblement ambitieuse, brutale, d’insulter ceux qui ne sont pas d’accord avec elle. Bref, une vraie sarkozyste. Mais, et cela n’a rien d’injurieux de le relever, elle a quelques lacunes : même si elle a été brièvement magistrate, elle ne connaît pas vraiment le monde judiciaire et elle paraît tout ignorer du fonctionnement de l’appareil de l’État. Résultat : quelques mois après son arrivée place Vendôme, pas moins de sept conseillers (dont le directeur de cabinet et le chef de cabinet) ont déjà fait leurs bagages. Elle a réussi à se fâcher avec les magistrats de tout bord en convoquant le vice-procureur de Nancy qui avait refusé de requérir une peine plancher pour une séance d’engueulade. Elle s’est, au mépris de tous les textes, proclamée « chef des procureurs ». N’était sa proximité avec Speedy Sarko et Cécilia, celle-ci la considérant comme une « soeur », elle aurait du souci à se faire pour le prochain rema ement. Mais tout le monde n’a pas la chance de passer ses vacances avec le Président et madame dans une villa louée 22 000 euros par semaine sur la côte Est des États-Unis. Le Figaro l’a bien compris.

Sous la houlette de Nicolas Beytout, un héritier qui a toujours pris soin de ne jamais fâcher les puissants (ceux qui ont travaillé aux Échos sous ses ordres peuvent témoigner de sa déférence face aux patrons), Le Figaro a trouvé depuis quelques mois l’arme fatale pour contrer les adversaires du régime sarkozyste : OpinionWay. Cet institut de sondage parvient toujours à publier des « enquêtes » donnant les résultats qu’il faut pour plaire à notre Guide bien-aimé de l’Élysée. Sa dernière oeuvre est admirable : La convocation d’un magistrat n’est pas choquante pour 63% des sondés contre 29 % qui pensent le contraire. 84 % des personnes interrogées approuvent l’instauration des peines planchers. Preuve que c’est un sondage sérieux, 51% estiment que les magistrats doivent pouvoir faire des commentaires sur la loi.

Ce qui permet au Figaro de titrer : « Soutien massif des Français à l’action de Dati ».
Évidemment, les esprits chagrins y voient une manipulation pour sauver une protégée de l’Élysée bien mal en point. Ceux-là n’ont rien compris. En tout petits caractères, on peut lire au bas du tableau que l’échantillon de 1 050 individus a été interrogé en ligne sur système Cawl (Computer Assisted Web Interview). Et la notice a été adressée à la Commission des sondages. Avec OpinionWay, Nicolas Beytout, qui passait jusqu’à récemment une partie de ses vacances d’été avec Sarko, sait comment plaire à l’Élysée. Cela lui sera utile quand il faudra trouver un travail car son patron Serge Dassault l’a en ligne de mire depuis un moment parce qu’il l’empêche d’écrire dans son propre journal. Papy n’a rien compris. C’est parce que l’élégant Nicolas Beytout est indépendant.