Soutien à Alain Garrigou, traîné devant les tribunaux pour sa critique des sondages PDF Imprimer Envoyer
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Samedi, 30 Janvier 2010 10:56


Pour avoir dénoncé les commandes opaques de sondages de l'Elysée, dont la Cour des Comptes a révélé le caractère peu respectueux du droit, Alain Garrigou fait l'objet d'une plainte pour diffamation de la part de M. Buisson, conseiller du Président Sarkozy, ancien défenseur de l'OAS et rédacteur du journal extrémiste Minute, principal bénéficiaire des achats opaques de sondages, avec Opinionway.

Un Appel en défense du Professeur Garrigou a été lancé, auquel nous apportons tout notre soutien:


Appel au soutien d’Alain Garrigou,

professeur de science politique

Insidieusement, dans la guerre des idées, un nouveau procédé devient « monnaie courante ». Il consiste à entamer des procédures judiciaires - quelles que soient leurs chances de succès - contre les intellectuels ou les journalistes qui dérangent. Alors, direction le tribunal ! Avec ceux qui les publient.

Ensuite, il est toujours temps de se dédire. Comme l’a fait Natixis à l’égard de Mediapart, « coupable » d’avoir diffusé un article accusant la banque d’avoir rémunéré François Pérol, secrétaire-adjoint de l’Elysée (avant de prendre la direction de Caisse d’Epargne-Banque Populaire), pour son action dans la société Rothschild et associés. Les plaintes furent retirées. Qu’importe, Mediapart avait dû payer les frais de défense.

La plainte pour diffamation publique, déposée par M. Patrick Buisson contre Alain Garrigou, a la même fonction : intimider. Engager ceux qui voudraient « l’ouvrir », à se censurer, les inviter vivement à « tourner sept fois la langue dans sa bouche ». Surtout s’il s’agit d’analyser comment l’Elysée procède.

En tapant au portefeuille. M. Buisson réclame, pour son honneur « bafoué », 100 000 euros de dommages et intérêts, une provision de 15 000 euros pour chacun des quatre médias censé publier le jugement et, bien sûr, la condamnation aux dépens. Rien de moins ! Les frais de M. Patrick Buisson seront payés par le contribuable puisqu’il perçoit 11 900 euros par mois, comme conseiller du Président. En 2008, sa société Publifact a reçu 1,6 millions d’euros, de l’Elysée toujours.

Quel est l’objet de cette plainte ? Une opinion intolérable, invraisemblable, vraiment ! A la suite du rapport de la Cour des comptes publié le 16 juillet 2009 et considérant les listings des sondages de l’Elysée publiés le 6 novembre, Alain Garrigou, professeur de science politique à l’Université Paris-Ouest, spécialiste des sondages, avait eu l’audace de déclarer : « L’Elysée défend le choix d’OpinionWay par Patrick Buisson [directeur de Publifact et conseiller du Président, ndlr] pour la rapidité des études Internet. Or, ils oublient de préciser que les sondages en ligne sont surtout réputés pour être moins chers ! Pourquoi l’Elysée paie beaucoup plus cher en passant par lui au lieu de les acheter à moindre prix directement ? Et pourquoi laisser Buisson se faire une marge de 900 000 euros sur son dos ? Soit c’est un escroc, soit c’est un petit soldat qui constitue un trésor de guerre pour payer des sondages durant la prochaine campagne électorale sans que ce soit visible dans les comptes de campagne du futur candidat Sarkozy. ».

Cette explication, à coup sûr, mérite procès. Comparution immédiate, presque. Rien, certainement, n’est plus grave.

La plainte de P. Buisson vise évidemment à faire un exemple. Récemment, des chercheurs ont été la cible de ce type d’attaques : Olivier Filleule, Vincent Geisser, Isabelle Sommier. Cette fois, l’attaque vient de plus « haut ». Demain, à qui le tour ? Qui doit décider des territoires autorisés aux scientifiques, aux écrivains, aux journalistes ? Qui doit décider des appréciations qu’ils tirent de leurs enquêtes ? Les tribunaux ? Sartre aurait été condamné cent fois, Foucault, cent fois, Bourdieu tout autant.

« Tu enquêtes, tu critiques ? Gare au procès ! ». Collectivement, nous le refusons. Collectivement, nous reprenons à notre compte - au mot près - les propos d’Alain Garrigou.

Appel des 100 :

Alain Accardo (sociologue, université Bordeaux III)

Jean-Christophe Angaut (philosophe, Ecole Normale Supérieure)

Mathieu Bara (sociologue, université Bordeaux IV)

Christophe Baticle (sociologue, université de Picardie Jules Verne)

Francine Bavay (vice présidente du Conseil Régional d’Ile de France)

Eric Beynel (porte-parole national de l’union syndicale Solidaires)

Laurent Bonelli (politiste, université Paris Ouest – Nanterre)

Jacques Bidet (professeur de philosophie, université Paris Ouest Nanterre)

Noelle Burgi (chercheure en science politique, CNRS)

Leila Chaibi (co-présidente de la Fondation Copernic)

Véronique Champeil-Desplats (professeur de droit public, université Paris Ouest-Nanterre)

Stéphane Chantegros (sociologue, CRESPA Limoges)

Robert Charvin (agrégé des facultés de droit, professeur émérite à l’université de Nice-Sophia Antipolis, doyen honoraire)

Antonin Cohen (politiste, université de Picardie Jules Verne)

Annie Collovald (professeure de sociologie, université de Nantes)

Philippe Corcuff (politiste, IEP de Lyon, conseil scientifique d’ATTAC)

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Retrouvez cet Appel sur le site de la Fondation Copernic