Giacometti : le professionnel de l’opinion
Mèche toujours impeccablement coiffée, ton mesuré, Pierre Giacometti livre ses analyses (parfois fort pertinentes) sur les plateaux de télévision depuis maintenant près de 20 ans. Sous l’œil des caméras de France 2 ou de C dans l’Air (France 5), notre sondologue est devenu un habitué du PAF. Partons à la découverte de cet expert policé, prototype du sondeur bien sous tout rapport.Un signe du destin ? Tout débute à Neuilly. Le petit Pierre y est éduqué à la catholique école Sainte-Croix. P.Giacometti a sans doute appris là la sagesse et la tempérance qui caractérisent ses analyses politiques. A moins que l’art de faire parler le Seigneur, malgré l’impénétrabilité de ses voies, ne l’ait préparé à faire parler la toute aussi impénétrable « opinion publique ». La suite de ses études est marquée par l’excellence et le conformisme : il est diplômé de Sciences Po Paris, comme l’immense majorité de ses collègues. A croire que dans ce vénérable temple du savoir et du savoir-vivre dans la haute société, le virus de la « sondomanite » s’attrape aussi promptement que le trotskysme dans un congrès de la LCR. Signe de gratitude, Giacometti reviendra dans le doux cocon de la rue Saint Guillaume pour, en tant que maître de conférence, professer les bienfaits des sondages aux nouvelles générations. 
Politologue et stratègeRepéré pour ses capacités par quelques enseignants sondophiles de Sciences Po, Pierre Giacometti est recommandé auprès de BVA et devient chargé d’études à l’institut en 1985. Petit à petit, son talent et sa capacité de travail en font un rouage essentiel de la maison jusqu’à devenir Directeur exécutif en 1992. Car en plus de savoir lire dans le cœur et l’esprit des français, il se fait remarquer par son sens de la stratégie. L’ « opérationnel » comme on dit dans ces instituts de sondages et marketing. L’horizon de BVA lui semble alors trop limité, et il passe à la concurrence en 1995, chez le géant du marché, Ipsos. Aux côtés d’un Jean-Marc Lech ( voir notre portrait ) adepte des déclarations à l’emporte-pièce, Giacometti rassure les clients par son sérieux, sa connaissance des dossiers, et sa prudence. L’homme n’est pas du genre à se laisser aller à des affirmations catégoriques ou des pronostics : il manie le conditionnel avec brio. Giacometti obtient le grade de Directeur général d'Ipsos Opinion, puis de Directeur général d'Ipsos France et Directeur International Division Public Affairs à partir de 2000. C’est en grande partie grâce à lui que Ipsos croît fortement et s’implante sur de nouveaux marchés (Asie, Amérique, Europe). Dans le déroulement de carrière du sondeur, l’ascension repose sur la qualité de ses analyses de l’opinion, mais aussi sur un sens des affaires aiguisé. L’Ami de l’ElyséeDifficile pour nous téléspectateurs d’oublier l’humiliation infligée par N.Sarkozy à P.Giacometti au soir de l’élection présidentielle de 1995. Sur le plateau de France 2, le supporteur du candidat Balladur reprochait avec véhémence au sondeur d’avoir fait preuve de partialité (il faut dire que son institut travaillait pour le compte de J.Chirac). D’un upercut, Sarkozy faisait valdinguer la déontologie des sondeurs. Las ! Giacometti a depuis ravalé sa fierté. Sarkozy a su passer de la pommade sur cette blessure, et faire miroiter les ors de la République à notre cher sondeur. La collaboration entre les deux hommes débute au lancement de la campagne présidentielle de 2007. Giacometti est le conseiller officieux de Nicolas Sarkozy sur les questions d’opinion, il « teste » auprès de panels les propositions du candidat Sarkozy et lui permet d’ajuster le tir. Grâce à lui, certains aspects contestés de son programme (immigration, fonction publique) se voient confortés par les sondages. Il est d’une aide si précieuse que l’hebdo Le Point lui a décerné le titre « d’homme clef » de la victoire de Sarkozy (Le Point 17/05/2007). Normal donc qu’il participe au fameux dîner au Fouquet’s, le soir de la victoire. Giacometti, tout en conseillant Sarkozy (à titre gratuit, ou rémunéré ?), réalisait des sondages sur le compte des autres candidats et les commentait. Dire que certains trouvent à redire, et critiquent une confusion des genres ! En tout cas, le candidat Sarkozy avait cette fois remisé ses critiques sur la partialité des sondeurs. Malgré leurs dénégations, voilà un nouvel exemple qui montre que sans régulation, la déontologie des sondeurs s’arrête là où le pouvoir et l’argent s’impose. Cerise sur le gâteau, le brave soldat Giacometti a été récompensé de sa fidélité par notre Président : il a été nommé chevalier de la légion d’honneur le 31 janvier 2008. Puis membre de la commission de consultation sur l’audiovisuel public le 19 février dernier (d’expert de l’ « opinion » à expert de l’audiovisuel, il n’y a apparemment qu’un pas). Parallèlement, le directeur d’Ipsos continue de travailler pour le compte de l’Elysée après la présidentielle, selon Le Monde (15 janvier 2008). Il est indépendant, le sondeur Giacometti, si on vous le dit ! C’en est tellement choquant que même Jean Michel Apathie, loin d’être un radical de la politologie, a interpellé Giacometti sur son blog. Par un accusateur «D’où parles-tu camarade ? », il regrettait que Giacometti soit invité sur le plateau de France 2 pour commenter la popularité de Sarkozy, son client et ami. GiacomettiPéron et associés: recyclage des réseaux politiquesSuite à des désaccords stratégiques avec la direction d’Ipsos, et sans doute mu par l’envie de voler de ses propres ailes, Pierre Giacometti a démissionné de sa fonction de Directeur général d’Ipsos le 15 janvier 2008. La fin de la carrière de notre cher expert sondologue ? Et bien non ! Nous le retrouvons tout aussi régulièrement sur les plateaux de télévision (C dans l’Air, France 2,…) Dans une confusion totale, il continue à commenter les sondages de l’entreprise Ipsos dont il ne fait plus partie ! Ses fidèles amis journalistes persistent à inviter Giacometti pour commenter l’actualité politique, en lui accordant le titre honorifique de « politologue » ! Un titre de plus après la légion d’honneur. Giacometti a décidé de tenter une nouvelle aventure : fonder sa propre entreprise de conseil, GiacomettiPéron et Associés, avec un compère de Ipsos. Il sait que l’activité sondagière lui a permis de développer un important carnet d’adresses (politiques, journalistes, hommes d’affaires) qu’il entend transformer en carnet de chèque. A la manière d’un Alain Minc ou d’un Jacques Attali, il servira d’intermédiaire entre les grands de ce monde, arpentant les couloirs des grandes entreprises et des palais de la République. Giacometti est ainsi chargé de la rénovation de l'UMP par Nicolas Sarkozy, comme l'a révélé Le Point en juillet 2008. Dans cette audacieuse reconversion, le sondeur peut compter sur les journalistes pour assurer la publicité gratuite de sa nouvelle « boîte ». Elle aussi ancienne Science Po, Raphaelle Bacqué se souvient avec nostalgie du sondeur Giacometti : « Ses soirées électorales sont les nôtres depuis longtemps ». A la manière d’un hommage posthume, elle lui dédie un long article dans le Monde (12/45/78), pour saluer sa carrière exemplaire dans l’univers des sondages. Sans omettre de signaler la création de l’entreprise de conseil GiacomettiPéron et associés. Voilà qui s’appelle un lancement médiatique réussi pour les juteuses affaires de notre cher sondeur !
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