Fiche de présentation : IFOP PDF Imprimer Envoyer
Le monde des sondages - Les entreprises de sondage
  
Jeudi, 12 Juin 2008 12:21

L’IFOP, Institut Français de l’Opinion Publique, est historiquement le premier institut de sondage français. Il a été fondé le 1er décembre 1938 par Jean Stoezel.

Ce dernier est un sociologue ayant importé la méthodologie sondagière des Etats-Unis. C’est au retour d’un voyage d’étude outre-Atlantique au cours duquel il rencontre Georges Gallup, l’inventeur des sondages, qu’il fonde l’institut pour mettre en pratique ces techniques en France. L’IFOP centre dans un premier temps ces activités sur « l’étude de l’Opinion publique », en menant des enquêtes sur des grands sujets de sociétés (première étude en 1938 sur la prolongation de la durée de la scolarité), puis en réalisant les premiers sondages de popularité politique en France. A partir de 1949, l’entreprise se diversifie et investit le secteur des études de marchés et des enquêtes commerciales quantitatives. Comme tous les autres instituts de sondages, la plus grande partie de son chiffre d’affaire est aujourd’hui issue de ce secteur d’activité.

 

Sans être économiquement parlant la plus rentable des entreprises sondagières, l’IFOP est aujourd’hui l’institut publiant le plus grand nombre de sondages. Le groupe est présent sur 4 continents (Europe, Asie, Amérique du nord et Amérique du sud), où il possède divers entreprises, mais reste centré sur le métier des enquêtes quantitatives (Opinion publique, marketing, études de marché et de consommation…). Son chiffre d’affaire était en 1999 de 130 millions de francs. La devise du groupe est « Global strength in intelligence marketing », en français « La solution globale en intelligence marketing ». Au-delà du non sens absolu de cette devise, on appréciera la sémantique. On retrouve bien ici, en creux, les thématiques d’auto-légitimation des sondeurs, qui donnent à voir leur produit comme un improbable remède miracle à un mal fantasmé, celui de l’impossible communication entre gouvernants et gouvernés, entre producteur et consommateur, etc. En même temps, cette devise nous rappelle que le sondeur se préoccupe de business, et non de démocratie. Toute la prose que l’IFOP nous propose sur elle-même tourne d’ailleurs autour de sa relation avec le client, sans jamais évoquer les interférences avec le débat public ou les conséquences de son activité sur le jeu politique : « Le client est au cœur de notre idéologie » (présentation du groupe sur son site internet).

 

Mais la principale particularité de l’IFOP est celle d’être dirigée par Laurence Parisot, qui est aussi présidente du Medef depuis juillet 2005. Laurence Parisot a construit sa fortune dans la construction de meubles. Elle est actionnaire majoritaire de l’IFOP (52% du capital). Elle en était aussi PDG de puis 1990. Elle a laissé cette fonction au début de l’année 2008, tout en restant membre du directoire du groupe. Elle a donc cumulé les rôles de propriétaire et de directrice opérationnelle de l’institut pendant près de 20 ans. La double casquette IFOP-Medef de Laurence Parisot est doublement symbolique. Le remplacement d’Ernest-Antoine Seillière, baron de l’industrie traditionnelle (le groupe qu’il dirige est à l’origine une entreprise d’aciérie lorraine) par Laurence Parisot à la tête du Medef en dit long sur l’aspect hautement stratégique, à la fois politiquement et économiquement, des entreprises de sondages. Elle symbolise les mutations en cours du capitalisme moderne, dans lequel la production d’information a pris le pas sur la production industrielle. Mais cette double appartenance montre aussi les implications idéologiques, sous couvert de neutralité, de l’activité sondagière. On comprend mal comment une même personne peut à la fois diriger une entreprise ayant une activité aussi importante dans le débat démocratique et dans l’information moderne et occuper une place aussi marquée politiquement que la présidence du Medef. Difficile en effet dans ces conditions de croire que les sondages, et en particuliers ceux de l’IFOP, se contentent de « rapporter », de manière neutre et objective, « l’opinion publique ».

L’IFOP a d’ailleurs souvent été accusé de partialité politique. De nombreux sondages publiés par cet institut lors de la dernière campagne présidentielle ont été accusés de surestimer les estimations de vote pour N. Sarkozy, ou encore de construire une représentation de l’espace politique susceptible de le favoriser (par exemple en simulant des seconds tours Bayrou-Sarkozy, alors même que Bayrou n’était pas en position d’accéder au second tour, ces simulations montrant que Bayrou battrait Sarkozy et détournant ainsi certains votes de la candidature Royal). L’IFOP était déjà, par ailleurs, l’institut de sondage attitré de l’Elysée à la fin du deuxième mandat de Jacques Chirac…