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Analyses - Billets d'humeur
Mercredi, 25 Juin 2008 07:29


CSA, Ifop et l'affaire des Irlandais ...  

  Le 13 juin dernier les Irlandais rejetaient le traité européen de Lisbonne, pour tout un tas de raisons, visiblement plus mauvaises que bonnes, à en croire beaucoup de médias. Certains avancent la crainte de la légalisation de l'avortement en cette nation si catholique, d'autres la crainte d'une remilitarisation, la crainte d'une perte d'indépendance si chèrement gagnée, etc. Les Irlandais serait tellement frileux que, selon Olivier Duhamel, le non avait de bonnes (mal)chances de l'emporter eu égard à la météo pluvieuse annoncée pour le jour du scrutin.

    
Bref, on nous ressert le « non-qui-agrège-tous les-mécontents -et-les-grincheux ». Soit. Mais nos chers instituts de sondage n'ayant pu faire leurs choux gras d'une consultation populaire en nos belles contrées, il leur revenait de nous dire ce qui se serait passé s'il en avait été autrement. Voilà de l'information !

Que les parlementaires aient spoliés les citoyens de leur droit à s'exprimer sur ce sujet, point n'est besoin d'en faire une montagne : les sondages répareront l'injustice. Que ce faisant ils reposent une question déjà tranchée en 2005 lors du référendum sur le projet de traité constitutionnel dont le traité de Lisbonne n'est qu'une resucée

et qu'ils s'assoient sur le choix des représentant élus du peuple (qui ont précisément refusé la tenue d'une consultation populaire), qui en a cure ?

Avec les sondages, plus besoin d'élections et autres référendums : le peuple peut s'exprimer dans un simulacre de prise de position politique, théâtre grand guignol duquel rien ne sortira puisque ce ne sont pas des sondages qui forceront nos parlementaires à revoir leur position.

Et la réparation promise fut magistrale : Le Nouvel Observateur, dans un article du 22 juin, nous apprend que selon un sondage Ifop pour le journal Sud-Ouest, si le référendum avait eu lieu en France, le Non l'aurait emporté par 53% contre 47%, avec 33% d'abstention. L'Ifop se livre alors à une analyse brillante et originale de la signification de ce Non français au traité de Lisbonne qui manifesterait « la persistance d'un euro-scepticisme » et un décrochage entre les Français et la construction européenne, avant de se lancer dans des considérations détaillées de sociologie politique (les « ouvriers » votant plutôt ceci, les « salariés » plutôt cela, les habitants de l'arrière-pays berrichon et de l'avant-pays lyonnais étant plutôt « ni pour ni contre, bien au contraire »). Forts de ces certitudes sur la volonté et les pensées du peuple souverain, nous allons pouvoir faire évoluer l'Europe dans le bon sens.

      Ce serait oublier un peu vite que ce « Non » n'est pas le résultat d'une consultation populaire. Le même article du Nouvel Obs se poursuit par un second sondage, réalisé par le CSA pour Le Parisien/Aujourd'hui en France établissant clairement que « Les Français diraient oui au traité de Lisbonne », le Oui l'emportant par 56% des voix avec 46% d'abstention. C'est alors qu'un effroyable doute nous assaille : qui croire ? Tirons à la courte-paille !


      Avec les sondages, plus besoins d'élections et de référendums vous dis-je !


      P.S. : pour un autre avis sur le sujet, oh ami lecteur, tu peux te reporter à une analyse de Dr Panel sur Rue89.



Mis à jour ( Mardi, 22 Juillet 2008 12:21 )