| Sarkozy et les sondages : entre amour et haine |
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| Analyses - Billets d'humeur | ||||
| Lundi, 09 Mars 2009 11:39 | ||||
Pourquoi L'UMP saisit la commission des sondages contre CSA ?
Le 7 février 2009, Le Parisien / Aujourd'hui en France titrait : "52% des Français n’ont pas été convaincus par le chef de l’Etat" 1, d'après un sondage en collaboration avec l'entreprise de sondage CSA. Le lendemain, l'UMP, par le biais de son porte-parole Frédéric Lefebvre, déclarait vouloir saisir la commission des sondages contre CSA au motif que l'échantillon constitué pour l'étude comportait des personnes qui n'avaient pas vu l'émission. Sarkozy a déclaré à ce sujet "Si ce n'est pas de la malhonnêteté, rien n'est malhonnête", et Lefebvre renchérit "C'est comme si on demandait aux Français n'ayant pas vu un film de donner leur avis !" 2. Que de remous dans la presse et sur le Net ! A droite on fustige la presse 'de gauche' que représente le Parisien (sic), exigeant plus de contrôle de l'Etat sur les organismes de sondage et les médias, alors qu'à gauche on tire à boulets rouges sur le "clown de l'UMP" qui se gargarise de sa côte de popularité dans les baromètres quand elle est à la hausse (remontée pendant la présidence européenne), mais dénie les sondages qui lui sont défavorables (Seuls Le figaro/Opinion Way indique que "53 % des téléspectateurs l’ont jugé convaincant et son image s’est dans l’ensemble améliorée").Pourquoi tant d'agitation autour d'un sondage comme les autres, qu'un média, comme les autres, a utilisé pour construire un sens politique ?Question chiffres, si on inspecte le détail de l'étude CSA, une majorité de personnes déclarant avoir vu l'émission serait convaincue par l'intervention du chef de l'Etat (55%). Si le Parisien avait choisi une autre approche, le sondage aurait donc été favorable à Sarkozy, et évité ces petits tracas. Mais la véritable question concerne la certitude que ceux qui déclarent, dans le cadre de l'enquête, avoir vu l'émission en partie ou en intégralité l'ont effectivement suivie. Certains d'entre eux, ayant eu mieux à faire ce soir-là, n'ont-ils pu se sentir quelque peu honteux face à l'enquêteur et se livrer un petit mensonge? La réponse à cette question est hors de portée, mais devrait jeter le doute sur le sondage en général et sur son cadre de publication. L'effervescence vient d'abord du fait qu'il s'agit spécifiquement de Sarkozy, un 'produit qui se vend bien' pour les entreprises de sondage, et leurs partenaires médias. Le sondage est un produit économique qui suit les modes et Sarko, aimé ou mal aimé, est un people à la mode, la star des sondages politiques. Ensuite, Sarko semble mal vivre sa dégringolade dans les sondages, dans une période politiquement difficile pour lui et son gouvernement. D'où un coup de semonce contre CSA et Le Parisien. Il faut dire qu'entre Sarkozy et les sondages, c'est une histoire perpétuelle d'amour et de haine, une relation complexe. Plusieurs piques publiques de Sarkozy dénient la crédibilité des sondages alors que l'Elysée, et a fortiori le président Sarkozy, en sont de gros consommateurs. Beaucoup d'hommes politiques oscillent entre ferveur consommatrice et déni vis-à-vis des sondages d'opinion, comme ils le font avec d'autres instruments à vocation prédictive (astrologie, numérologie...). Isolés de ceux qu'ils gouvernent, le sondage leur apparaît comme le seul moyen de rassurer leur ego. Ce qui ne les empêche nullement de dénier publiquement le pouvoir que les gri-gris de l'opinion et leurs marabouts ont sur eux. Il faut aussi dire que d'outil de mesure, le sondage d'opinion est aussi devenu un véritable instrument de pouvoir, se substituant au vote (élection ou référendum) pour donner mandat au politique, et cette affaire le montre bien. Si le sondage est 'bon', les politiques l'utilisent comme mandat, s'il ne l'est pas, ils tentent de diminuer sa pertinence (sans parler des sondages commandés puis cachés 3). Toujours est-il que les enquêtes d'opinion, dont le collectif Sondons les Sondages tente de démontrer les lacunes et terme d'exactitude scientifique, de déontologie et de transparence, et bien souvent la stupidité et la malhonnêteté, ne devraient pas se substituer au processus démocratique. Monsieur Sarkozy, si vous voulez vraiment savoir ce que les français pensent de vous et de votre politique, allez donc voir cette France d'en-bas, elle a probablement beaucoup à vous dire. 1. La réaction des Français à l'intervention du président de la République Nicolas Sarkozy le jeudi 5 février 2009 : http://www.csa-fr.com/dataset/data2009/opi20090206-la-reaction-des-francais-a-l-intervention-du-president-de-la-republique-nicolas-sarkozy-le-jeudi-5-fevrier-2009.htm
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| Mis à jour ( Mardi, 24 Mars 2009 23:53 ) | ||||




