| Metro, c'est trop! |
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| Analyses - Billets d'humeur | ||||
| Vendredi, 03 Octobre 2008 08:07 | ||||
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Métro : C'est gratuit, mais ça chiffre ! Une semaine en sondages avec le quotidien gratuit Metro ![]() Avec un tirage de 880.000 exemplaires en France, le quotidien gratuit Metro, diffusé à Paris et dans plusieurs autres grandes villes, se partage à parts égales le marché de l'information rapide avec ses concurrents 20 minutes et Direct. Metro se distingue de ses concurrents, que je me suis efforcé de lire dans la même période, par la large place laissée à l'opinion sous toutes ses formes, que ce soient des témoignages de 'gens du quotidien', ou des sondages (issus de son propre site Internet ou publiés par des entreprises qui s'en sont fait spécialité). Pratiques pour boucher un trou, faire un en-tête ou combler les lacunes d'un article ou d'un dossier, les sondages semblent aussi être pour Métro un moyen de faire que le lecteur se sente plus proche de son journal. L'objet n'est pas de juger ici de la qualité rédactionnelle ou journalitique de Metro, mais de porter un regard critique sur la manière dont le sondage est utilisé comme un outil de presse.
Première remarque chez Metro : les grands et gras pourcentages. Publiés dans des filets aux couleurs chatoyantes, séparés de leur texte, ils trônent. « 55%. La majorité des Français (55%) est favorable au système antidémarrage en cas d'alcoolémie du conducteur [...] », « 64%. Le démocrate Barack Obama l'emporterait haut la main sur son rival républicain Jhon MacCain si l'élection était ouverte aux citoyens du monde [...] », « 70%. Le Grenelle de l'Environnement a marqué les Français [...] », etc. Le sondage semble pour les journalistes un moyen pratique d'habiller un filet. Le chiffre y prédomine, fort de sa prétendue signification. Or, le chiffre seul ne signifie rien, il faudrait prendre en compte la question posée dans ses termes exacts, la méthode de constitution de l'échantillon, le protocole de passation des questionnaires, le taux de non réponse et la méthode d'ajustement des données brutes pour juger de la pertinence de ce chiffre. Sans ces facteurs, le chiffre n'est pas éclairant mais fait pénombre.
Deuxièmement, les sondages constituent fréquemment l'essentiel, sinon la totalité, d'une brève, d'un article ou d'un élément de dossier. A ce titre, cette brève exemplaire, que je reporte en intégralité comme un cas d'école : « Une majorité de Français (56% contre 43%) se déclare opposée à l'ouverture du capital de La Poste, selon un sondage IFOP pour Sud Ouest Dimanche. En 2005, 46% des Français étaient hostiles à l'ouverture du capital d'EDF, selon le même institut ». On trouve également par exemple dans un dossier sur la crise financière, un sondage en trois questions : « Craignez vous que votre pouvoir d'achat diminue ? Êtes-vous inquiet pour votre emploi ? Pensez-vous que votre argent est en sécurité ? », dans un dossier sur l'immobilier, on apprend que « 78% des Français estiment que le marché de l'immobilier va mal », que « 85% des Français estiment que les loyers sont trop élevés », et qu'ils estiment que « 78% des propriétaires ne seraient pas prêts à baisser leurs loyers de 5% ». Ces deux derniers sondages constituent une part importante du dossier où ils figurent, et se substituent malheureusement à l'information, à l'analyse, au décryptage que ces sujets pourraient exiger. Il faudrait rappeler, ou apprendre, à nos amis journalistes qu'un sondage ne constitue ni une information, ni un fait, ni un évènement, encore moins une analyse.
De ces deux premières observations découle une troisième : la publication de sondages en lieu et place d'informations crée une confusion des genres. Le sondage d'opinion est considéré à tort comme porteur d'une information. Que tel ou tel journaliste, ou Jean-Pierre, Cadre Technique à Massy Palaiseau nous fassent part de leurs analyses et opinions, soit. L'opinion n'est pas notre ennemie. C'est au contraire l'absence d'opinions personnelles et assumées comme telles dans la presse, et le recours trop fréquent à la prétendue objectivité et la prétendue 'opinion publique' pour véhiculer des idées qui doivent être combattues.
Quatrièmement, dans pratiquement tous les cas, les sondages publiés dans Metro ne s'embarrassent aucunement de faire la part des choses entre les sondés et l'opinion publique. Dénommé fréquemment « une majorité des Français », « les Français », « 46% des Français... », l'échantillon des répondants est considéré a priori comme représentatif de l'ensemble de la nation. Ce serait oublier que les sondages sont souvent effectués par téléphone ou par Internet et délaissent de fait une grande partie de la population, et que seuls les répondants sont comptabilisés, ce qui exclu tous ceux qui n'ont pas d'opinion toute faite, qui souhaitent la conserver pour eux-mêmes, qui ont une opinion qui ne rentre pas dans les cases, ou qui remettent en cause la fermeture de la question. Le sondage est un machine à écraser les nuances, les cas particuliers, et réduit la diversité des opinions à une dichotomie factice et trompeuse.
Cinquièmement, comme on peut malheureusement trop souvent le voir dans la presse, les sondages sont publiés avec des mentions plus qu'insuffisantes sur leurs sources et leur méthodologie. Metro n'est pas seul journal dans ce cas, mais on retrouve ici aussi cette paresse intellectuelle qui gangrène la presse : on fait confiance aux « instituts de sondages ». On lit « TNS SOFRES » ou « IFOP » et on devrait être assurés du sérieux des résultats de l'enquête. Or, ce que nous entendons dénoncer dans le cadre de ce collectif, c'est que les entreprises de sondage ne sont ni sérieuses, ni scientifiques, ni objectives. Leur faire confiance a priori est absurde. Des mentions précises devraient être rendues légalement obligatoires (Voir nos propositions sur le sujet).
Enfin, on trouve des sondages de ce genre : « Ecologie : faut-il étendre le bonus/malus à d'autres produits que la voiture ? [GROS CARACTERES] 58% oui 42% non. [PETITS CARACTERES] Sondage Internet réalisé hier sur metrofrance.com». On retrouvera ce genre de baromètre de l'opinion dans les pages de notre journal, allant des élections américaines à l'artiste comique féminine favorite. En effet, via son site Internet metrofrance.com, Métro fabrique sa propre machine à opinion et mettant à contribution les internautes qui fréquentent ce site, tout en s'autorisant à les substituer aux « lecteurs », et par un effet de mise en page, aux Français eux-mêmes. On ne peut que déplorer cette confusion qui met dramatiquement en question le sérieux des journalistes, mais aussi le manque de cadre juridique en ce qui concerne la fabrication et la publication de sondages d'opinion.
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| Mis à jour ( Lundi, 09 Mars 2009 13:30 ) | ||||





