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ObaMacCain PDF Imprimer Email
Vendredi, 31 Octobre 2008 15:54

YES WE CAN ! (dixit l'échantillon)

 

Vous n’avez pas pu y échapper. Pas un jour, pas un journal, pas un JT, pas une radio pour ne pas commenter chaque jour les nouveaux sondages sur les élections américaines. C’est le feuilleton médiatique de ce début d’automne.

 

Le suspense est insoutenable : Obama aura-t-il deux points de plus ou deux points de moins qu’hier par rapport à Mc Cain ? Les journaleux noircissent des pages et des pages, analysent, décortiquent les moindres variations des courbes de prévisions, les moindres écarts entre les différents sondages, persuadés de tenir là le moyen de remplir leurs colonnes tout en nous tenant en haleine – et, accessoirement, en faisant vendre leur papier. On s’occupe comme on peut. Ne boudons pas notre plaisir.

Ces sondages, dans leurs résultats, c’est du grand n’importe quoi. Si tous semblent s’accorder à prophétiser la victoire d’Obama (au point qu’on en vient à se demander à quoi sert l’organisation de l’élection le 4 novembre…), les écarts d’un jour à l’autre, d’un sondage à l’autre, sont tellement importants que leur analyse globale proposée quotidiennement dans tous les médias frise l’absurdité. Trouvé sur le site de LCI le 21 octobre : « D'après la dernière enquête de la chaîne, le candidat républicain n'a plus que cinq points de retard sur Barack Obama, contre huit auparavant. Un chiffre à relativiser puisque d'autres sondagescourse aux sondage publiés lundi montrent au contraire que l'écart se creuse. » En substance, l’écart se réduit, mais c’est pas sûr, ça dépend des sondages. Ca c’est de l’information ! Ce qui n’empêche pas le journaliste d’en noircir toute un page pour commenter ce non évènement en puissance.

 

C’est bien de cela qu’il s’agit. Les sondages électoraux sont un non évènement. Ils consistent pour des gens qui ne sont pas mandatés pour le faire à poser une question à des citoyens qui ne sont pas habilités à y répondre, à un moment où la question ne se pose pas. La question du vote se pose dans l’isoloir, le jour de l’élection. Posée par des sondeurs avant le terme de la campagne, elle ne fait que fausser le débat en donnant une représentation fictive d’un rapport de force qui ne fait pas encore sens. Elle dévalue la campagne en l’orientant et surtout en niant son influence sur les électeurs. En effet, que signifie de demander à un électeur de se prononcer avant ou pendant la campagne ? L’avis des citoyens n’importe qu’au moment de l’élection dans une démocratie représentative. Et l’élection n’a lieu qu’au terme de la campagne.

 

On atteint même le comble du ridicule lorsque nous sont proposés des sondages internationaux sur les élections américaines1…Au-delà des réserves légitimes que l’on peut émettre sur la méthodologie de tels sondages, ils relèvent carrément de la fiction politique. Il est absurde de sonder des citoyens sur une élection qui ne les concerne pas, et dont ils appréhendent forcément différemment les enjeux, les critères, le contexte… L’agglomération de résultats obtenus dans plusieurs pays, dans plusieurs cultures, donnent lieu à des résultats qui sont forcement complètement artificiels et dépourvus de sens. Mais le chiffre aplanit tout. Il tait les différences et agrège sans complexe les raisonnements, les idées, les cultures les plus hétérogènes. Ces sondages internationaux font comme si le contexte américain était exportable, comme si le système électoral américain était le même que partout ailleurs, ou était appropriable instantanément par n’importe quel citoyen mondial… On atteint là le paroxysme de l’information créée de toute pièce par le journaliste, avec l’aide du sondeur, et au détriment de tout sens.

 

Les sondages électoraux, en réalité, ont une fonction bien plus simple que celle de l’éclairage du citoyen. Ils permettent aux journalistes de mettre en scène une actualité. En panne d’inspiration, le journaliste trouve dans le sondage un fil conducteur, une manière accrocheuse de nous raconter son histoire, celle des élections américaines, avec laquelle il compte bien nous occuper pendant quelques semaines. Le sondage électoral est une aubaine pour le journaliste. Elle lui procure un propos à tenir, une substance artificielle et facile à travailler pour remplir ses colonnes. La profusion de sondages sur les élections américaines, quotidiennement commentés, y compris lorsqu’ils divergent, illustre parfaitement la fonction de remplissage du sondage, tant les journalistes se répètent et commentent jusqu’à l’absurde le moindre nouveau chiffre. Cette profusion absurde est tout sauf de l’information. Elle ne nous dit rien. Elle nous noie sous une masse de commentaires dont on peine à saisir l’intérêt réel.


Pire, cet empressement des médias à commander et à commenter des sondages électoraux se fait au détriment du fond. Pendant qu’on s’extasie sur le moindre infléchissement de la courbe d’intentions de votes d’Obama ou McCain, on ne nous parle pas, ou pas assez en tous cas, de leurs programmes, de leurs idées, de ce qu’ils veulent faire, de leurs différences idéologiques. Si le commentaire des sondages est taillé pour susciter notre intérêt et maintenir une forme de suspense narratif, il éclipse totalement tout ce qui pourrait stimuler la réflexion, les idées de fond, le débat démocratique au sens noble du terme. Et après on vient pleurer sur la crise du politique, l’abstentionnisme, la désaffection citoyenne. Eh oui, on se lasse de toutes les histoires. Et un feuilleton sondagier, même bien mis en scène, ne peut suffire à faire croire en la puissance du politique, surtout s’il en éclipse la substance, les idées. L’abondance de sondages enferme le candidat dans le marketing politique en dévaluant tout ce qui touche à l’idéologie ; il amène l’électeur à plus s’intéresser au résultat qu’aux idées. Cela n’est pas suffisant pour faire vivre la démocratie.

Que les sondages se trompent, qu’ils se contredisent, après tout peu importe. Cela reste anecdotique. La valeur d’un sondage ne se mesure pas à sa capacité de prévision ; les sondages sont d’ailleurs assez peu attaquables sur ce point, ils se trompent plutôt peu en définitive. Et si par malheur cela arrive, le sondeur aura beau jeu de nous expliquer que son sondage mesurait un rapport de force à l’instant T. Imparable, car invérifiable. Mais bien plus que leur potentielles erreurs de prévisions, c’est la force de prescription des sondages qui les rends illégitimes. En mettant en scène le rapport de force entre les candidats avant l’heure, les sondages et leurs commentaires structurent les représentations des citoyens. Les sondages ont ce pouvoir incroyable de décrire l’état de la réalité politique du moment, de manière quasi monopolistique.

Les jugements des citoyens, leur décision ne peuvent se faire hors du rapport de force ainsi mis en scène. La domination d’un candidat dans les sondages pèse forcement dans les consciences au moment de la décision finale. Pire, elle peut confiner l’électeur au vote stratégique, au détriment du vote de conviction, perturbant ainsi le jeu démocratique. Les sondages et leurs commentaires confèrent un statut aux candidats (celui de gagnant ou de perdant par exemple), et cela ne peut pas ne pas avoir d’effet sur les consciences et les avis. Si bien que les sondages peuvent décréter des prophéties auto-réalisatrices (ou dans des cas plus rares, d’ailleurs, inverser la tendance qu’ils ont eux même décrétée), et ainsi avoir un effet très fort sur la construction de la réalité, et ce à partir de rien, du prélèvement d’une opinion complètement artificielle et non pertinente… Il est particulièrement éloquent de voir par exemple que les sondages et surtout leurs commentaires ne font mention quasi systématiquement que de deux candidats (Obama et Mc Cain).

Ils contribuent donc très fortement à mettre en scène ces élections comme un duel, éludant les autres candidats à cette élection. C’est un exemple très fort de la façon dont les sondages structurent les représentations des citoyens à propos de ces élections. Il y a fort à parier que la notoriété, donc le futur score des « petits » candidats en pâtit très fortement. A plus long terme, cette dynamique participe fortement à la bipartisation et la construction de l’espace politique américain, voir mondial. C’est là un pouvoir très important dans nos démocraties. Disproportionné, même.

1 Voir par exemple un sondage « mondial » canadien : www.cyberpresse.ca/dossiers/sondage-mondial/200810/17/01-30167-planete-obama-le-sondage-mondial.php Ou encore un sondage « européen » France 24/Harris/International Herald tribune : www.france24.com/fr/20081024-europeens-plebiscitent-obama-sondage-france-24-harris-iht

 
Metro, c'est trop! PDF Imprimer Email
Vendredi, 03 Octobre 2008 08:07

Métro : C'est gratuit, mais ça chiffre !


Une semaine en sondages avec le quotidien gratuit Metro


Avec un tirage de 880.000 exemplaires en France, le quotidien gratuit Metro, diffusé à Paris et dans plusieurs autres grandes villes, se partage à parts égales le marché de l'information rapide avec ses concurrents 20 minutes et Direct. Metro se distingue de ses concurrents, que je me suis efforcé de lire dans la même période, par la large place laissée à l'opinion sous toutes ses formes, que ce soient des témoignages de 'gens du quotidien', ou des sondages (issus de son propre site Internet ou publiés par des entreprises qui s'en sont fait spécialité). Pratiques pour boucher un trou, faire un en-tête ou combler les lacunes d'un article ou d'un dossier, les sondages semblent aussi être pour Métro un moyen de faire que le lecteur se sente plus proche de son journal. L'objet n'est pas de juger ici de la qualité rédactionnelle ou journalitique de Metro, mais de porter un regard critique sur la manière dont le sondage est utilisé comme un outil de presse.

Première remarque chez Metro : les grands et gras pourcentages. Publiés dans des filets aux couleurs chatoyantes, séparés de leur texte, ils trônent. « 55%. La majorité des Français (55%) est favorable au système antidémarrage en cas d'alcoolémie du conducteur [...] », « 64%. Le démocrate Barack Obama l'emporterait haut la main sur son rival républicain Jhon MacCain si l'élection était ouverte aux citoyens du monde [...] », « 70%. Le Grenelle de l'Environnement a marqué les Français [...] », etc. Le sondage semble pour les journalistes un moyen pratique d'habiller un filet. Le chiffre y prédomine, fort de sa prétendue signification. Or, le chiffre seul ne signifie rien, il faudrait prendre en compte la question posée dans ses termes exacts, la méthode de constitution de l'échantillon, le protocole de passation des questionnaires, le taux de non réponse et la méthode d'ajustement des données brutes pour juger de la pertinence de ce chiffre. Sans ces facteurs, le chiffre n'est pas éclairant mais fait pénombre.


Deuxièmement, les sondages constituent fréquemment l'essentiel, sinon la totalité, d'une brève, d'un article ou d'un élément de dossier. A ce titre, cette brève exemplaire, que je reporte en intégralité comme un cas d'école : « Une majorité de Français (56% contre 43%) se déclare opposée à l'ouverture du capital de La Poste, selon un sondage IFOP pour Sud Ouest Dimanche. En 2005, 46% des Français étaient hostiles à l'ouverture du capital d'EDF, selon le même institut ». On trouve également par exemple dans un dossier sur la crise financière, un sondage en trois questions : « Craignez vous que votre pouvoir d'achat diminue ? Êtes-vous inquiet pour votre emploi ? Pensez-vous que votre argent est en sécurité ? », dans un dossier sur l'immobilier, on apprend que « 78% des Français estiment que le marché de l'immobilier va mal », que « 85% des Français estiment que les loyers sont trop élevés », et qu'ils estiment que « 78% des propriétaires ne seraient pas prêts à baisser leurs loyers de 5% ». Ces deux derniers sondages constituent une part importante du dossier où ils figurent, et se substituent malheureusement à l'information, à l'analyse, au décryptage que ces sujets pourraient exiger. Il faudrait rappeler, ou apprendre, à nos amis journalistes qu'un sondage ne constitue ni une information, ni un fait, ni un évènement, encore moins une analyse.


De ces deux premières observations découle une troisième : la publication de sondages en lieu et place d'informations crée une confusion des genres. Le sondage d'opinion est considéré à tort comme porteur d'une information. Que tel ou tel journaliste, ou Jean-Pierre, Cadre Technique à Massy Palaiseau nous fassent part de leurs analyses et opinions, soit. L'opinion n'est pas notre ennemie. C'est au contraire l'absence d'opinions personnelles et assumées comme telles dans la presse, et le recours trop fréquent à la prétendue objectivité et la prétendue 'opinion publique' pour véhiculer des idées qui doivent être combattues.


Quatrièmement, dans pratiquement tous les cas, les sondages publiés dans Metro ne s'embarrassent aucunement de faire la part des choses entre les sondés et l'opinion publique. Dénommé fréquemment « une majorité des Français », « les Français », « 46% des Français... », l'échantillon des répondants est considéré a priori comme représentatif de l'ensemble de la nation. Ce serait oublier que les sondages sont souvent effectués par téléphone ou par Internet et délaissent de fait une grande partie de la population, et que seuls les répondants sont comptabilisés, ce qui exclu tous ceux qui n'ont pas d'opinion toute faite, qui souhaitent la conserver pour eux-mêmes, qui ont une opinion qui ne rentre pas dans les cases, ou qui remettent en cause la fermeture de la question. Le sondage est un machine à écraser les nuances, les cas particuliers, et réduit la diversité des opinions à une dichotomie factice et trompeuse.


Cinquièmement, comme on peut malheureusement trop souvent le voir dans la presse, les sondages sont publiés avec des mentions plus qu'insuffisantes sur leurs sources et leur méthodologie. Metro n'est pas seul journal dans ce cas, mais on retrouve ici aussi cette paresse intellectuelle qui gangrène la presse : on fait confiance aux « instituts de sondages ». On lit « TNS SOFRES » ou « IFOP » et on devrait être assurés du sérieux des résultats de l'enquête. Or, ce que nous entendons dénoncer dans le cadre de ce collectif, c'est que les entreprises de sondage ne sont ni sérieuses, ni scientifiques, ni objectives. Leur faire confiance a priori est absurde. Des mentions précises devraient être rendues légalement obligatoires (Voir nos propositions sur le sujet).


Enfin, on trouve des sondages de ce genre : « Ecologie : faut-il étendre le bonus/malus à d'autres produits que la voiture ? [GROS CARACTERES] 58% oui 42% non. [PETITS CARACTERES] Sondage Internet réalisé hier sur metrofrance.com». On retrouvera ce genre de baromètre de l'opinion dans les pages de notre journal, allant des élections américaines à l'artiste comique féminine favorite. En effet, via son site Internet metrofrance.com, Métro fabrique sa propre machine à opinion et mettant à contribution les internautes qui fréquentent ce site, tout en s'autorisant à les substituer aux « lecteurs », et par un effet de mise en page, aux Français eux-mêmes. On ne peut que déplorer cette confusion qui met dramatiquement en question le sérieux des journalistes, mais aussi le manque de cadre juridique en ce qui concerne la fabrication et la publication de sondages d'opinion.

 
Association de citoyens qui luttent contre l’emprise des sondages d’opinion, en dehors de tout positionnement partisan, son but est de préserver un débat démocratique de qualité, qui laisse place à l'échange d’idées et s’affranchit de la référence constante aux sondages d’opinion.
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Du sondage comme moyen expression PDF Imprimer Email
Lundi, 15 Septembre 2008 18:57
Du sondage comme moyen d'expression

Le Canard enchaîné du 13 août 2008 exhume un bien curieux sondage. En page 4 de l'hebdomadaire dit satirique, on apprend que l'IFOP a réalisé du 28 au 5 septembre 2006 un sondage sur les banlieues commandé par la Délégation interministérielle pour la ville (DIV), pour la coquette somme de 40 000€. Une peccadille, certes, au regard des 334 401€ et des 2,181 millions d'euros – tout de même ! – dépensés en 2005 par l'Elysée et Matignon auprès des entreprises de marketing et d'études d'opinion.

Vous n'avez pas entendu parler de ce sondage ? Nous non plus. Et pour cause, il a tout simplement été passé par pertes et profits, « remisé au fond d'un tiroir », comme l'écrit l'auteur de l'article, Brigitte Rossigneux. Mais quel avis sans appel de l'intransigeante Commission des sondages, quel intolérable vice de forme, ou quel biais méthodologique outrancier a bien pu pousser la DIV à renoncer aux enseignements de cette prometteuse enquête ?

Visiblement, rien de tout cela. Le seul défaut du sondage semble avoir été de ne pas aller dans le sens des idées et actions promues par son commanditaire, le gouvernement.

Aux questions sur les causes des émeutes de 2005 en banlieue, leurs acteurs, les raisons de leur apaisement final et les éventuelles solutions, Le canard rapporte que les sondés eurent l'outrecuidance de répondre à contre-courant des propos musclés de M. Sarkozy et des solutions vantées par l'évanescent « plan banlieue ».

Les causes des émeutes ? Plus le chômage des jeunes que les bandes organisées. Les acteurs ayant mis le feu aux poudres ? Les jeunes, certes, mais aussi le gouvernement (pour 82% des interrogés dans les Zones Urbaines Sensibles). Les acteurs ayant le plus contribué à la fin des violences ? Les acteurs sociaux et médiateurs (première réponse) bien plus que les forces de l'ordre (en quatrième position). Les remèdes ? L'éducation des jeunes bien plus que la présence policière ou la rénovation urbaine.

Bref, à l'évidence, l'IFOP fut à l'époque beaucoup moins performant dans la formulation des questions et la présentation des réponses que pour le récent sondage à propos du projet de loi sur la rétention de sûreté.


Et Le canard de rappeler que ce n'est pas à la lumière de ces informations (que ses services avaient demandées et chèrement payées) que le chef de l'État analysait en novembre 2007 ladite crise des banlieues : « Ce qui s'est passé à Villiers-le-Bel n'a rien à voir avec un crise sociale. Ça a tout à voir avec la voyoucratie. » avait-il dit. M. le président, pour développer cet argumentaire de haut vol, disposait-il d'un autre sondage, plus probant ? Ou bien s'appuyait-il sur quelque analyse sociologique de terrain, lui qui disait sur un plateau de journal télévisé et toujours à propos des émeutes de 2005 qu'« expliquer c'est commencer à justifier » ?


Le sondage, instrument de démocratie, « photo de l'opinion », outil pour mettre le politique à l'écoute du social, etc. Les entreprises de sondage font feu de tout bois pour nous en convaincre. L'hebdomadaire lui-même se demande « Quelles vérités pas bonnes à lire les sondés ont-ils bien pu lâcher pour qu'on leur colle un bâillon sur la bouche ? »

Le fait est qu'il n'a jamais été dans les objectifs ni même dans les moyens des entreprises de sondage et de leurs nombreux clients de redonner la parole au « peuple », ou même, à moindre échelle, à tel ou tel groupe social, confessionnel, ou géographique. Le propos du sondage, dans l'immense majorité des cas, c'est de sommer un nombre réduit de personne de se prononcer sur une question imposée, en des termes imposés, en vue d'un but défini a priori. Ainsi, ignorer les résultats d'une enquête IFOP, ce n'est pas bâillonner les participants à ladite étude, parce qu'il n'a jamais été question de leur donner la parole. Ignorer les résultats de cette étude, pour le gouvernement, ce n'est rien de plus qu'ignorer un instrument jugé inefficace au regard de l'objectif visé (justifier un type de discours sur les problèmes sociaux vécus dans certaines banlieues) ... et, accessoirement, que jeter l'argent public par les fenêtres.


 
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Y a-t-il un sondage pour sauver le soldat Jack Lang ?


Une étude CSA-Le Parisien crédite l’ancien ministre de 53% de soutien pour son vote en faveur de la réforme constitutionnelle de M. Sarkozy. Une aubaine pour J. Lang, en délicatesse avec le Parti Socialiste.

Jack Lang a-t-il eu raison ou non de voter en faveur de la réforme ? Doit-il être exclu du PS ? Telles sont les questions posées à un échantillon de 1000 personnes par le CSA le 23 juillet 2008.

Mais quel est l’intérêt de savoir si les sondés (à ne pas confondre avec « les français ») approuvent ou non le choix de Jack Lang ? En étant naïf, je répondrais : aucun. Le fait qu’une majorité de personnes approuve ou non le choix de Lang ne change rien aux opinions que l’on peut avoir sur cette réforme, sur l’attitude de Lang ou sur les positions du PS.

 

Passe encore que l’on demande à des sondés leur opinion sur la réforme de la Constitution, un sujet fort hermétique qui réclamerait d’informer un tant soit peu le sondé avant de lui demander son avis. Passe encore que le PS commande un sondage sur l’attitude de Lang afin de décider de son sort. Mais…

A qui profite le sondage ?

Mais comment expliquer le soudain intérêt du Parisien pour Jack Lang ? L’institut de sondage aurait tout aussi bien pu demander aux sondés s’ils approuvaient le choix des parlementaires radicaux de gauche, eux aussi dans l’opposition, qui ont voté pour la réforme Sarkozy. Pourquoi ne pas leur avoir demandé s’ils approuvaient les revirements de certains parlementaires de la majorité, qui après avoir tant combattu ce projet de réforme, se sont soumis docilement ?

Une seule chose est sûre : ce sondage tombe à pic pour le député au bord de la rupture avec son parti : comment exclure une personnalité si populaire, soutenue par « une majorité de Français » ?

On n’ose pas croire que Jack Lang a ses entrées au Parisien, et qu’il a pu suggérer l’idée de ce sondage. Ou le commander lui-même. On n’ose pas croire non plus que ce sondage serve une stratégie de déstabilisation du PS, destinée à souligner ses divisions. Non. Le Parisien, en cette période estivale où les journalistes désertent les rédactions, avait sans doute une colonne à remplir : l’achat d’un sondage sur un thème aussi vendeur auprès de son lectorat était la solution toute trouvée !

Questions biaisées : le plébiscite de Lang

Le sondage du CSA proposait une alternative aux sondés de CSA qui assurait à Lang une solide majorité :

« 1er choix : Jack Lang a eu raison de voter en faveur de la réforme parce qu'elle correspond à ce qu'il souhaite »

« 2ème choix : Jack Lang a eu tort de voter en faveur de la réforme parce que la consigne du Parti socialiste était de voter contre la réforme »

L'homme d'affaires V.Bolloré soutient fidèlement N.SarkozyEquilibre des questions ? Mon oeil. Dans la 1ère affirmation, positive, le choix de Lang est uniquement justifié par de profondes convictions et par son désintéressement. Comment le sondeur peut-il savoir quelle était l’intention de Jack Lang ? La proposition aurait pu aussi bien être : «Il eu raison parce qu’il pourra ainsi entrer au Gouvernement et y faire valoir ses idées ».

La 2ème affirmation, elle, est très négative : la seule raison valable de voter contre la réforme serait d’obéir à des logiques partisanes. La proposition aurait tout aussi bien pu être : « Il a eu tort car il se rallie à Sarkozy » ou « Il a eu tort car la réforme ne répondait pas aux exigences socialistes ». Toute question est orientée, mais on ne peut que constater que le sondeur souhaitait visiblement obtenir un ardent soutien à Jack Lang pour conforter l’action du Président Sarkozy.

Le rachat par Vincent Bolloré, ami de Nicolas Sarkozy, de la totalité des parts de l’institut CSA au début du mois de juillet n’est peut-être pas étranger à ce manque flagrant d’impartialité.

 

 
MESSE AUX SONDAGES PDF Imprimer Email


Le Samedi 9 Février, le Collectif Sondons les Sondages organisait une Messe aux sondages devant les locaux de l'institut OpinionWay, place de la République à Paris .


Par l'humour, nous avons dénoncé le culte voué aux sondages et interpellé les passants sur la nocivité d'une démocratie sondagière.

Ecoutez le montage sonore de cette Messe aux sondages
réalisé par Caroline Cartier, de France Inter:
Téléchargez le fichier



Et voici le texte intégral de cette MESSE AUX SONDAGES:


« Mes biens chers frères, mes biens chères sœurs, chers sondés, nous sommes réunis aujourd’hui pour vénérer ensemble le dieu Sondage. Ô toi, Sondage ! Ta présence est si précieuse pour nous éclairer et nous montrer le chemin de la vérité !Nous ne sommes pas en ce lieu par hasard, nous nous recueillons aujourd’hui devant le temple d’un des principaux messies du sondage : Opinion Way !
(Réactions du public improvisées)
Il a récemment reçu la révélation du Sondage par le biais d’Internet, preuve que le sondage s’exprime par tous les canaux de diffusion !
Présent en tout instant, en tout lieu, nous pouvons toujours compter sur lui.
Répétons ensemble :
Opinion Way, je suis à tes pieds !

Ô sondage ! Grâce aux signaux que tu nous envoies, nous pouvons enfin mesurer la vie, la vraie vie des Français. Nous connaissons enfin leurs besoins et leurs envies. Les pourcentages sont la parole sainte, les taux de satisfaction sont notre bible ! Les chiffres sont notre seul guide !

Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, ma chère opinion publique, recueillons nous un instant devant les chiffres qui nous parviennent du messie : Laissons-nous envahir par les pourcentages qui nous entourent !

(Des fidèles se laissent gagner, crient des sondages d’Opinion Way) :
41% des Français pensent que…
54% des Français voteraient…
70% des Français...

Alors que certains voudraient des débats d’idées et émettent parfois des doutes sur les informations que nous recevons, et sur leur transparence, nous savons que les sondages sont là pour nous montrer la voie de la raison. Oui, le dieu sondage sait ce que veulent les Français ! Il lit dans leur intimité, aux plus profonds de leurs pensées ! Pourquoi débattre, alors que l’échantillon a parlé !

(Vive l’échantillon !)

Le jeune Opinion Way n’est pas seul : les messies sont nombreux. Depuis plusieurs décennies, Ifop, Sofres, BVA agissent pour l’opinion publique.
Répétez après moi :
- BVA, je crois en toi !
- Ifop, pour toi mon cœur galope !
- Sofres, je te dédie cette messe !
Mes biens chers frères, mes biens chères sœurs, chers sondés, je tiens aujourd’hui à remercier les fidèles parmi les fidèles, nos amis journalistes. Tous les jours, ils prêchent la parole divine, en publiant des sondages sur tous les sujets qui nous préoccupent profondément, comme la vie sentimentale de notre président. Comme les journalistes, vénérons les sondages et arrêtons de penser. Pourquoi réfléchir si les chiffres sont là !

Parfois, vous ne savez pas quoi penser de telle ou telle décision politique ; heureusement le sondage est là ! Il choisit pour vous !
D’autres fois vous avez l’impression qu’on ne vous demande pas assez votre avis avant de prendre des décisions ; Soyez serein, le sondage parle au nom de tous! Fini les réflexions et les débats interminables, le sondage apporte la réponse à toutes vos questions !

Les hommes politiques l’ont bien compris ; face à la complexité des avis des électeurs, ils préfèrent écouter l’opinion publique délivrée par les sondages.

Répétons tous ensemble
Avec Ipsos, j’ai le moral toujours en hausse !


Je vous invite à présent à vous confesser en public ; c’est le moment d’avouer vos péchés. Le temple Opinion Way est ouvert à tous les êtres égarés qui souhaitent se repentir. Mes bien cher frères, mes bien chères sœurs, chers sondés, cette semaine, avez-vous tous suivi la majorité ?
Etes vous sûrs de ne pas avoir pensé par vous-mêmes ?
N’ayez pas peur, il n’y pas de honte à avouer ses faiblesses. Nous sommes tous tentés par des pensées dissidentes, mais le Sondage est là pour nous rappeler la pensée dominante ! La majorité détient la vérité !

Oui mon frère ? Vous souhaitez vous exprimez, je vous en prie, adressez vous à l’Assemblée :
- Oui, j’avoue, cette semaine, j’ai failli à mon devoir de sondé ; Un sondeur m’a demandé quelle était ma personnalité politique préférée et je n’ai pas répondu à la question. (réprobations du public) Parmi les personnalités proposées, je ne savais pas laquelle choisir, je ne les connaissais pas toutes, et ma personnalité politique préférée ne figurait pas dans la liste…
- … La n’est pas la question mon fils, lorsque tu es interrogé par un sondeur, il faut répondre, peu importe ton avis personnel !
- Je sais mon père, je ne sais pas ce qu’il m’a pris ; je ne le referai plus : le prochaine fois je répondrai coûte que coûte, quitte à répondre au hasard, je le promets.
- Mon fils, tu t’es repenti, tu es sur la bonne voie. Voyez chers sondés, comme lui vous pouvez expier vos péchés. Ne craignez pas d’accorder votre confiance aux sondeurs ! Ils sont là pour vous aider à choisir et à penser.

Répétez après moi :
- Avec Ipsos… (les fidèles répondent en échos) : j’ai le moral toujours en hausse !
- Opinion Way… je suis à tes pieds !
- BVA…je crois en toi !
- Ifop… pour toi mon cœur galope !
- Sofres… je te dédie cette messe ! »